Ch 22-2 : Le Reseau Hydrique de Pompei      En Chantier

La plaine du Vésuve et toutes les villes qu'elle contenait étaient principalement desservies par l'aqueduc du Serinum, mais aussi par de nombreuses autres sources de la vallée. Ces sources, jointes à l'aqueduc principal, devaient constituer un ravitaillement idéal et desservir toutes les villes présentes ici. L'Aqueduc qui a atteint la ville de Sarnum, a aussi recueilli dans ses eaux celles des sources appelées "des Sources du Sarnum" et des celles qui venaient de Avella; à Sarnum, une première branche de l'aqueduc qui alimentait alors également le Fleuve Sarnum, descendit jusqu'à Pompéi, puis  Oplonti, atteignant ainsi la mer dans la localité de l'Ilot de Rovigliano. Où exactement l'aqueduc accedait à la Cité de Pompéi, cela ne peut être dit avec certitude. Fouilles réalisées en 1990, au nord de l'enceinte de la ville, à l'endroit où se situait la Porte de Capue, ont permis de mettre en évidence un canal à 2 mètres de profondeur. Ce canal, qui passait juste sous la porte des murs, a été suivi sur quelques mètres à l'intérieur de la ville le long du chemin correspondant à la Rue qui deviendra plus tard " de la maison de Marcus Lucius Fronto"; cette zone reste à l'abri des fouilles et donc encore ensevelis. À la porte, il a été constaté que ce canal bifurque le long des murs, en direction de la Porte du Vésuve, où se trouve le répartiteur Castellum Aquae. Ce canal n'était pas utilisé lors du premier tremblement de terre en 62; et il témoigne d'un premier système de canalisation de l'eau avant la colonisation de Pompéi de la part de Rome, et donc avant l'aqueduc de la ville connu aujourd'hui

On peut donc penser qu'une partie de cet ancien système a été utilisée dans la correspondance de la Porte Vésuve, et envisager donc ici l'entrée des eaux de l'aqueduc du  Serinum. Non loin de là, l'on a retrouvé les restes d'un grand edifice-réservoir qui accumulait de l'eau et ensuite la dirigér vers le Castellum Aquae pour être ramifié dans différentes directions et nourrir la ville. En entrant dans la tripartite del Castellum, le point culminant de la ville, un système de filtrage etait utilisé, comme prescrit par Vitruve, et à partir de là, l'eau était  ensuite ramifiée vers les différents " Castellum Plumbeas", une sorte de tours ou de piliers, équipés au sommet d'un recevoir de plomb, qui servait à réduire la pression et à briser la vitesse d'écoulement au fur et à mesure de l'aval, mais aussi de l'augmenter la ou la pression était presque  inexistante.  Un réseau complexe de fistules ou de tuyaux en plomb, constituait les installations publiques, pour alimenter principalement des spas et des fontaines, mais aussi des demeures de particuliers, des ateliers de diverses activités commerciales. Les 43 fontaines publiques, en particulier, servaient de canalisations d'eau dans les "fistules de déni" de plomb qui longeaient les trottoirs, étaient individuellement reliées aux tours de plomb qui les alimentaient précisément, car il n'y avait aucun cas dans lequel une fistule alimentait deux fontaines. Elles étaient généralement insérés en partie sur le trottoir, en partie sur la route, ce qui permettait une utilisation facilitée pour les différents utilisateurs. En général, les fontaines de Pompéi ont un grand bassin surmonté d'un petit pilier, décoré de reliefs, dans lequel est placé le trou pour la sortie de la canule en plomb, attaché à la fistule qui s'élève du trottoir dans un logement protégé.

Le fond des fontaines a toujours une légère pente vers le trou de sortie d'eau, qui à son tour est situé sur le côté du bassin coïncidant avec la pente de la route. Ce trou était normalement bouché pour permettre un remplissage complet du bassin et etait ouvert pendant l'entretien et le nettoyage des réservoirs. Un deuxième canal de sortie d'eau, situé au centre sur le bord de la dalle en face de la canule, servait de trop-plein. Ce système révèle que les fontaines étaient alimentées en continu et que l'eau du bassin était toujours propre grâce au système de trop-plein. Le fait que les rues soient ainsi toujours tenues à l'écart des différents scories éliminés des maisons grâce à l'eau qui coule continuellement des fontaines est également parfaitement démontré par le système répandu et bien connu de passages pour piétons sur de gros pavés, rendu nécessaire par la le besoin évident de passer d'un trottoir à l'autre sans se mouiller les pieds. Ces pierres également appelées Cyclopéennes, avaient également pour but le passage des piétons en cas de fortes pluies, puis que les routes devenaient de véritables ruisseaux en raison des pentes raides, cela justifie que dans certaines sections la hauteur du trottoir soit plus grande car elles sont proches des maisons et grandes différences de pente. Il est également clair, cependant, que la construction d'une structure de distribution d'eau aussi complexe pour des utilisations ciblées de l'hygiène publique, qui est également soutenue dans les dorsales stratégiques également par un réseau d'égouts,  présupposait en amont la disponibilité d'une quantité d' eaux considérables, de nature à justifier la réalisation systématique de passages pour piétons.

Le système hydrique à Pompéi s'est ramifié en 3 canaux principaux. Plusieurs hypothèses ont été formulées et la plus logique semble être celle faite par l'archéologue ingénieur Rasmussen pour un système de distribution d'eau à Pompéi avec 14 châteaux d'eau et la proposition de position des principales conduites d'eau et 48 fontaines.
Selon cette théorie, Rasmussen envisageait un Primo Réseau A de plus grande capacité qui allait desservir toute la partie orientale de Pompéi, donc les Regios 1, 2, 3, 4, 5 et 9. Cette distribution était caractérisée par 5 tours de pression, et 16 fontaines publiques. À ce service, il faut ajouter la quantité d'eau nécessaire pour la piscine de la Grande Palastre de l'amphithéâtre, ainsi que celles nécessaires pour les grandes résidences comme la Maison de Julia Felix, Octavio Quartio et d'autres résidences. Bien entendu, tous les ateliers Fullones doivent être ajoutés au service, ateliers qui nécessitaient de grandes quantités d'eau.
Le Deuxième Réseau B, partant de Castellum Aquae, longeait la Rue des Vettii, puis continuait vers l'est et le sud du Forom, pour arriver ensuite dans la zone des Théâtres. Ici, un grand réservoir placé dans la Cour du Forum Triangulaire, répartissait l'eau Théâtre, à la piscine de la Palestre Samnite, et aux Bains républicains situés ici face aux Théâtres ; ce réseau était composé de 3 tours de pression et de 7 fontaines publiques.

Quant au Troisième Réseau C, il existe une incertitude sur la trajectoire initiale; le Rasmussen lui-même, poussé par de vieilles théories, fait passer la première voie d'eau par le début du second canal B, puis un bâtiment d'accumulation aurait distribué les eaux vers la zone ouest, mais (!), dans ce quartier aucun édifice de stockage ou réservoirs n'a pas été notifié. (!) Nous savons, cependant, qu'un canal plus ancien a été trouvé sur la partie nord à côté des murs, en commençant par la porte du Vésuve, qui faisait sans aucun doute partie de cet ancien canal trouvé à la Porte de Capue qui continuerait sans doute vers occident, on peut penser que la dernière partie de ce réseau a été utilisée ici pour desservir la partie ouest de la ville. Nous savons qu'au carrefour entre la Rue Consulaire et la Rue de Narcisse, il y a un réservoir d'accumulation en position [6,1,19], assez profond et donc de grande capacité, qui était entre autres un puits pour l'usage en eau du quartier. La théorie la plus proche donc, embrassée entre autres par Rasmussenn, était d'imaginer une troisième conduite qui, à partir du Castellum Aquae, se dirigeait  à l'intérieur des murs, puis descendrait le long de la Rue de Narcisse, pour aller alimenter au  Puis du carrefour. De là, la route devenait en forte pente ce qui confortait largement l'hypothèse de cette vois. Les derniers travaux de fouilles effectués dans ces zones ont soutenu cette idée. D'ici, en utilisant 3 tours ou piliers de repartissions, l'eau aurait été amenée au Forum, alimenter les Termes du Forum et les proches Latrines au Forum, et continuer pour  atteindrait la tour répartition près de la Basilique sur la Rue de la Porte Marine,  pour être détournée puis vers le quartier sud du Forum. Ce troisième réseau alimenterait donc Regio 6, 7, 8, et, étant ici la pente plus prononcée qu'ailleurs, était constitué de canalisations de taille inférieur.  

Les bains publics étaient d'importants consommateurs d'eau. Ils étaient souvent équipés de leur propre bassin de stockage d'eau, que ce soit pour stocker l'eau pendant les heures de repos la nuit ou pour contrer les interruptions de l'alimentation principale, voir l'aperçu. Des cinq thermes présents à Pompéi au cours du premier siècle de notre ère, un était en cours de réaménagement et un autre était en construction. Une centaine de ménages privés, sur les 1 000 logements environ de Pompéi avaient leur raccordement privé à l'approvisionnement public en eau au moyen d'un tuyau en plomb provenant du château d'eau le plus adjacent. Contrairement à ce que l'on pourrait attendre, les principales destinations étaient souvent les fontaines dans l'impluvium et le jardin, puis la cuisine. Des étalages riches en eau ont donc été utilisés pour souligner le statut social des propriétaires. Dans une moindre mesure, l'eau était considérée comme un service public, pour soutenir la cuisine, les toilettes et les bains privés. Un peu moins de 50 ateliers, blanchisseries, teintureries et tanneries, étaient alimentés aussi en eau d'aqueduc.

Déjà à l'époque Samnite, les maisons étaient équipées de véritables citernes  pour le stockage de l'eau de pluie, qui passaient par une ouverture au centre du toit de l'atrium, le compluvium, pour être ensuite collectés d'abord dans l'impluvium, un bassin très basse placée en correspondance du compluvium, où elles subissaient une première décantation puis elles étaient reversées dans la citerne proprement dite placée dans le sous-sol. De là, cet eau de pluie, était  ensuite tiré à travers un petit puits d'admission, "Puteaf", de forme cylindrique, en marbre ou en terre cuite au moyen de seaux attachés à des cordes et ensuite versé dans un grand récipient en plomb avec couvercle, le "Cista", parfois richement décoré, pour les  divers usages domestiques. Même les eaux qui s'écoulaient des toits du péristyle du jardin, elles venaient faites écouler dans des canaux spéciaux généralement placés le long du périmètre des jardins, et étaient ensuite collectées dans des réservoirs souterrains, après avoir été correctement filtrées, avec entre autre présence de drains pour le débordement en cas de accumulation excessive.