Ch.13 : Architecture prive  

domus pompei

Grâce aux documents archéologiques exceptionnels qui sont parvenus jusqu'à nous, Pompéi nous permet de sui­vre presque sans interruption l'évolution de la maison familiale du type « italique », qu'il s'agisse de demeures luxueuses ou de maisons modestes des classes populaires. Nous pouvons lancer aujourd’hui l’ hypothèse de 5 models de domus :
1°) Domus de type Italique-Samnite. Le centre  de cette maison est l’Atrium, toutes les pièces principales sont situées ici. Un large couloir amene vers un petit hortum à toit découvert. Pas de pièce autour de cet type de jardin. La Maison du Chirurgien est un exemple clair de ce type de domus.
2°) Domus de type Romaine première domination. Une première influence hellénistique commence a se faire ressentir et l’hortum deviens un jardin bien définis, même si de dimensions réduites. L’Atrium reste le centre de la domus. La Maison du Poète Tragique en est un exemple.

domus  du chirurgien

3°)Domus de type Impériale. A la suite des conquêtes  sur la Grèce, Rome a adopté le model de maison grecque en a faisant un model Romain et impérial ,  style et élégance vont enrichir l’habitation romaine. Un exemple vif à Pompéi est la Maison des Vettii. Les chambres se situent autour du Péristyle.
4°)Domus Post-Impériale. Même model précédent mais plus développé et élégant parfois avec un Atrium d’été et de Hiver , avec l ajoute d’un péristyle estival et hivernal. A Pompéi un exemple de ce type est la Maison du Faune
5°) Maison de la période ‘Pax-Romamae’. La paix entre Rome et ces provinces , n’oblige plus a se protéger et renforcer la demeure. L’Atrium se réduis et le Péristyle aussi. Un nouveau élément fait sa présence, un grand jardin de grands dimensions. La Maison de L.Tiburtinus (ou Octavius Quarto) en est un exemple

domus du poete tragique

Le noyau fondamental, point de départ des développements successifs, est la maison centrée sur un atrium. L'un des exemples les plus anciens et les plus complets en est ici la Maison du Chirurgien, du IVe siècle av. J.-C. L'atrium était le centre de la vie familiale et répondait à deux exigences fondamentales: dans une maison conçue comme un édifice fermé par de hauts murs extérieurs, dif­fuser la lumière au moyen d'une ouverture pratiquée dans le toit et recueillir les eaux de pluie dans l’impluvium, bassin placé au centre de l'entrée, en correspondance de cette ouverture, pour les acheminer vers une citerne. Dans l'atrium on plaçait le laraire, lieu du culte familial, et, dans les temps plus anciens, on y trouvait aussi la cui­sine, avec son foyer autour duquel la famille prenait ses repas. Un petit couloir fauces donnait accès à l'atrium; à l'entour une série de petites pièces étaient disposées sui­vant des règles précises et servaient pour la plupart de chambres à coucher cubicula; deux pièces ouver­tes à l'extrémité des murs latéraux étaient destinées au culte des ancêtres. Au fond, on entrait dans le tablinum, à l'origine chambre des époux, puis salle à manger ou salle de réception; sur le côté, un couloir menait à l’hortus, petit jardin entouré d'un mur élevé.

domus des vettii

Au IIe siècle av. J.-C, après les conquêtes romaines en Orient dans les belles maisons l'influence de l'art hellénistique a entraîné la fusion entre le plan traditionnel centré autour de l'atrium et le plan des maisons du type grec, centrées sur le péristyle, c'est-à-dire sur une cour trans­formée en jardin, souvent ornée de bassins, entourée d'un portique sur lequel donnaient plusieurs pièces. L'introduction du triclinium dans la maison romaine date de cette époque: il s'agissait d'une salle à manger, généra­lement contiguë au tablinum, où selon les usages grecs, on plaçait trois lits pour que les convives puissent prendre leur repas allongés. Cette introduction du péristyle à la place de l'ancien hortus a eu pour conséquence la réalisa­tions d'autres pièces de séjour, les Diactaes, et de réception  donnant sur cet espace et, parfois, l'installation de bains. Au long des années la disposition des pièces devint de plus en plus complexe. La Maison du Faune en est un exemple probant et grandiose. Les logements des petits commerçants, des artisans et des affranchis avaient des dimensions plus réduites et un plan plus simple. Souvent ils se trouvaient les uns à côté des autres, dans un même immeuble dont la façade était percée de plusieurs entrées; à l'intérieur les pièces étaient situées autour d'un atrium sans impluvium ('atrium testudinatum) sur lequel donnaient les chambres à coucher du premier étage. 

domus du Faune

Pour faire face à la demande croissante de logements, conséquence de l'accroissement de la popula­tion enregistré à Pompéi à l'époque impériale, il fallut construire des maisons ayant même trois étages. Les boutiques, les officines et les laboratoires, dont Pom­péi nous présente des témoignages pleins de vie et de sens, souvent ne faisaient qu'un avec le logement du proprié­taire, situé dans l'arrière-boutique ou dans les étages supérieurs. Il n 'est pas rare non plus de trouver des bouti­ques ouvertes dans des pièces situées de part et d'autre de l'entrée des riches demeures et louées à cet effet par les propriétaires.

- Le plan de la Maison du Chirurgien nous fournit l'exemple fondamental d'une maison pompéienne.
Elle s'ouvre sur la rue par une porte et un étroit corridor (ostium et fauces). Les chambres d'habitation, "cubicula,,, donnent sur une cour centrale, l'atrium (atrium tuscanicum), abritée par les quatre saillies du toit; celles-ci s'avancent vers l'in­térieur, de façon à ce que les eaux des pluies se déversent, au cen­tre de l'atrium, dans un bassin, " impluvium ‘ d'où elles sont canalisées dans une citerne. Aux deux extrémités de l'atrium s'ouvrent, sur toute leur largeur, deux autres pièces, les " alae „. Au fond de l'atrium et en face de l'entrée, nous trouvons le " tablinum „, la pièce la plus noble de l'appartement, celle qui sert de lieu de réunion à la famille. Elle donne accès à V" hortus „ , situé en arrière. Avec les hautes murailles qui l'entourent de toutes parts, sans fenêtres et sans autres ouvertures que d'étroits soupiraux extérieurs, percés dans la maçonnerie pour les besoins de l'aération, la maison donne l'impression d'une petite forteresse.

domus de Tiburtinus

Ce type, simple et austère, de la vieille maison pompéienne conserve, dans sa construction, carrée et massive, dans la sobriété des lignes et le nombre restreint des pièces, le pur caractère de la maison d'habitation italique et de la vie familiale qui s'y écoulait. De là, nous passons, au II'- siècle avant J.-C, à un type qui a subi l'influence et le goût hellénistiques. Le nombre des atriums augmente; le péristyle s'agrandit ainsi que le jardin; les chambres d'habitation se multiplient et se disposent, selon les saisons, vers les parties les plus fraîches ou les plus ensoleillées de l'immeuble. Celui-ci finit par occuper toute une "insula,,; il devient un véritable palais, digne d'abriter toute une dynastie. Nous en avons un modèle dans la " Casa del Fauno qui, par son ampleur, la noblesse de sa construction et la richesse de sa décoration, peintures murales et pavements en mosaïque, décora­tion s'inspirant du grand art hellénistique, est une demeure princière, au vrai sens du mot. Sous l'ère romaine, la maison pompéienne évolue naturellement et se plie au goût romain. Elle modifie son type de construction et sa dé­coration. Pendant toute la période qui va du règne d'Auguste jusqu'à Néron et aux Flaviens, la maison pompéienne ne songe nullement à s'étendre et à se doter de grandioses lignes architectoniques.

atrium

L'une des principales raisons en est que la crise de V urbani­sme oblige à se restrein­dre et à économiser l'e­space, lorsqu' il s'agit d'habitations particuliè­res. Par contre, s'accentue la mode de la décoration. Si la superficie couverte diminue et si les pièces se font plus petites, on constate toujours plus de recherche 'dans la décoration chromatique de la maison. La profusion des couleurs, l'ornementation, le faste, l'abus scénographique dans l'ordonnance des jardins, en arrivent à écraser la beauté de la composition architectonique. La bourgeoisie, s'étant affinée et enrichie, ses exigences finissent par avoir raison de la disposition traditionnelle de la maison italique. Les dif­férents locaux changent de nature et de destination. À côté de la demeure du noble patricien ou de l'immeuble du marchand cossu nous voyons se dresser la maison du petit bourgeois ou celle du boutiquier qui, la nuit venue, va se réfugier dans la soupente de sa boutique. Nous voyons s'encastrer un atelier industriel, un hôtel, un tripot, un lupanar, une remise où viennent s'abriter les chars et les bêtes de trait qui viennent de la campagne ou des localités voisines. Et ainsi, la vie des habitants s'échappe du recueillement discret de l'intérieur des maisons et nous parvient, plus vivante et plus immédiate, par les mille " voix „ dont nous retrouvons les traces, disséminées un peu partout sur les murs.

atrium 2

 Et cependant, malgré la variété et la complexité de cet admi­rable ensemble, malgré le nombre infini des superpositions et des transformations, la maison pompéienne a gardé, à travers les siècles, le caractère inaltéré de la vieille habitation italique. Elle est encore la " domus „ à l'usage d'une seule famille. Même dans les quartiers commerçants de la dernière période, dans les zones où les remaniements furent les plus profonds, dans ces zones où l'intimité de la " domus „ semble étouffée et violée par l'inva­sion de la boutique et de l'atelier, dans ces zones où la pénurie de l'espace et l'entassement de la population obligent les constructions à gagner en hauteur par la surélévation d'étages, la maison n'en continue pas moins à former un noyau à soi, destiné à une seule famille ou à plusieurs familles apparentées. Nous ne trouvons pas à Pompéi la grande maison de rapport divisée en plusieurs appartements, desservie par plusieurs escaliers indépendants les uns des autres, en somme cet immeuble à locations qui existe à Ostia, qui était certainement d'un type courant dans la Rome impériale et qui prélude à nos maisons modernes. L'évolution dans la construction de la maison s'est arrêtée à Pompéi dans une phase de transition, entre la " domus „ patriarcale et la maison de rapport. Si l'éruption du Vésuve s'était produite quelques dizaines d'année plus tard, Pompéi se serait certainement transformée.

jardin

Au lieu de cette riche et suggestive variété d'habitations dont nous nous réjouissons, nous n'aurions eu que le type classique d'une ville impériale, dotée d'un nombre plus ou moins grand de gros immeubles à plusieurs étages. Au lieu d'une extrême variété dans l'emploi des matériaux de construction, nous ne nous trouverions en présence que d'un seul matériel, imposé par la nécessité, le seul matériel qui pût convenir au développement vertical des édifices et à l'audace architecturale des Romains, c'est-à-dire: la brique.
- Les petites sculptures en marbre et en bronze ainsi que les meu­bles sont les compléments nécessaires de la maison pompéienne, en plus des décorations en peinture et en mosaïque; ils en consti­tuent l'indispensable ornement. Les oeuvres d'art d'après copies d'originaux grecs, ces mêmes œuvres d'art qui dans les villes de la Campanie ainsi qu'à Rome, témoignaient du goût électrique qui guidait collectionneurs et amateurs, sont rares à Pompéi.

cubicula

Aussi, auprès d’œuvres d'un archaïsme, sévère ou mûr, telles que l’ Apollo Citaredo „ (de la " Casa del Citarista „) ou V " Efebo „ (de la " Casa di P. Comelio Tegete,,), ou de la période arcaïstique telle que V" Artemide „ pompéienne et V" Apolline» „ (de la " Casa del Menandro„), on trouve une copie du " Doryphorus „ de Policlète, de V" Hercule epitrapezios „ de Lysippe, à,'" Apol­lon „ et de " Diane „ s'élançant, réélaboration de bronzeurs italiotes. Encore plus riche et varié est le patrimoine d'art hellénis­tique; avec des statuettes travaillées en ornements de fontaines, de péristyles et de jardins, telles que la série admirable des petits bronzes du " Fauno danzante „ (de la " Casa del Fauno „), du " Satiro con l'otre „ (de la " Casa del Centenario „), du " Sileno ebbro „ (de la " Casa dei Marmi „), du " Narciso „ , des quatre " Placentari „ (de la " Casa dell' Efebo „), du " Pescatore „ (de la " Casa délia fontana a mosaico „), du " Cinghiale assalito „ (de la " Casa del Citarista „).

peristilium

 Pendant la période néronienne la mode et le goût des petites sculptures et des reliefs dans la décoration s'accentuent; les hermès bachiques, même de petites dimensions, se multiplient le long des allées des jardins, ainsi que les statuettes de petits Amours, de Satyres et d'animaux, soit éparses au milieu de la végétation ou placées au bord des fontaines et des canaux; on suspend les " oscilla „ et les masques de théâtre dans les entre-colonnes des portiques, ce qui rehausse la couleur et le sens scénographique de la demeure; et on retrouve souvent l'écho de la création hellénis­tique originale ou d'une réélaboration néo-attique raffinée dans ces nombreux produits de l'art décoratif.
- Mais, en dehors des produits de l'art grec, Pompéi nous a aussi donné, dans l'intérieur de ses demeures, de superbes exem­plaires de l'art du portrait romain: la " Llivia „ (de la " Villa dei Misteri „), le " Marcello „ découvert en ces dernières années; et dans la prosopographie privée, les deux bronzes superbes de C. Norbano Sorice et de L. Cecilio Giocondo et, en marbre, le " Bruto minore „ et les hermès del Comelio Rufo et de Vesonio Primo. C'est surtout dans les arts secondaires de l'ameublement et de la vaisselle, pourtant, que Pompéi nous offre l'immense richesse de son patrimoine: dans les lits, finement niellés et ornés de petits bustes et de statuettes, des " cubicula „ et des " triclinia „; dans les candélabres et les lampes où l'artisan industrieux semble s'abandonner à la plus joyeuse création de motifs pleins de brio, parfois grotesque et même obscènes; dans les poêles et les réchauds, dans les lourdes caisses " arcae „, dans les battants des portes etc.; dans la vaisselle en bronze, enfin, tellement riche et variée déforme et d'emploi à faire penser qu'elle soit le perfectionnement teenique d'une longue tradition d'ateliers soit campaniens qu'italo-grecs, ainsi que d'une expérience approfondie en exigences techniques et gastronomiques, A Pompéi, ainsi qu'à Rome, l'on a une vive passion pour l'argenterie, pour la vaisselle luxueuse (" Casa del­l'Argenteria „ " Villa della Pisanella „ " Casa del Menandro").