Ch. 1 - Histoire de Pompei  
La Cité Ensevelie

Plan General de Pompei

 LES ORIGINES

Parmi les mystères qui entourent encore Pompéi, les plus denses restent ceux relatifs à sa fondation. Sur ce problème, les chercheurs ont nourri des opinions profondément divergentes, qui trouvent toujours des partisans convaincus. Heureusement la question, encore obscure à bien des égards, n'est plus débattue aujourd'hui avec les tons d'une amère polémique. En rendant compte des principales positions, les solutions les plus probables ou les plus accréditées seront également indiquées. 
Les découvertes archéologiques réalisées jusqu'à présent dans des contextes stratigraphiques contrôlés voient les matériaux les plus anciens remonter à un horizon entre la fin du 6ème siècle avant JC. et le début du 5ème siècle. C'est probablement précisément à cette époque qu'il faut parler de la fondation de Pompéi en tant que centre urbanisé.

Plan General de Pompei

 LA FONDATION.

Une très longue discussion pendant des décennies a opposé ceux qui ont vu à Pompéi une ville créée par les Grecs, qui avaient déjà occupé en permanence la côte de Campanie avec la colonie de Cuma, et , ceux qui ont plutôt attribué aux Étrusques au moment de l'expansion de leur pouvoir, avec la présence dans le sud de la Campanie, et donc la fondation de la ville.
Les points forts des partisans de la première thèse étaient la présence antique du Temple Dorique sur l'éperon sud de la ville s'étendant vers la mer et le sanctuaire, également vénérable, voire plus ancien, du temple de type étrusque-italique, mais dédié à Apollo, situé en bordure de la zone qui deviendra plus tard le Forum.

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Des études récentes, qui ont également pris en compte le cadre métrologique, ont cependant montré comment en substance le temple dorique doit également être ramené à une matrice étrusque-italique. Comme le temple d'Apollon, ce ne serait donc qu'un document évident de la profonde acculturation que le monde grec avait exercée sur l'étrusque.
D'autre part, les découvertes parmi les matériaux votifs du temple d'Apollon, certains avec des inscriptions en étrusque, et la continuité des découvertes de ce matériau vers la vallée de Samo, jusqu'à Nocera, placent définitivement Pompéi dans une zone certainement étrusque et probablement sous la domination du pouvoir étrusque. De plus, la fondation de la ville (similaire à celle de Nocera voisine) est liée au dépeuplement des villages à une époque plus ancienne, situés le long de tout le cours de la rivière Sarno, dans la plaine fertile du fleuve.  Deux inscriptions archaïques, trouvées près de Nocera, écrites dans un alphabet et une langue ni étrusque ni grecque, mais avec des caractéristiques de type italique, montrent l'existence d'une forte composante culturelle locale dans la population qui vivait au VIe siècle avant JC. la vallée de Sarno, malgré une forte culture gréco-étrusque. On est donc amené à considérer que Pompéi, comme Nocera, est née lorsque les Étrusques ont réussi à établir de véritables villes sur le territoire de la vallée de Sarno, dans le seul but militaire de contrôler et de développer leur culture étrusque.

LES LIEUX.

Pompéi fut fondée sur une colline formée par l'épanchement de matière volcanique lors d'une éruption survenue à une époque très éloignée et pas nécessairement attribuée au Vésuve lui-même . Cette colline s'élève sur la plaine environnante sur une trentaine de mètres, avec un parcours irrégulier mais avec une pente marquée du nord au sud et, même moins prononcée, d'ouest en est. Près de l'arche côtière, cette colline forme une véritable terrasse, aux pentes assez raides, surplombant la mer près de l'embouchure de la rivière Sarno.  Dans le cadre du schéma régulier et droit de la Pompei Romaine est facile reconnaître le dessin irrégulier de la premiere agglomeration pompeienne.  
Certains chercheurs pensent que la ville est née "naturellement" par agrégation spontanée qui s'est progressivement produite au point de rencontre de deux routes de grande communication entre la mer et l'arrière-pays, et entre la ceinture vésuvienne et les montagnes des Lattari de Nocera. Près de ce carrefour, situé à peu près dans la zone où se développera plus tard le Forum, un lieu de commerce et un sanctuaire dédié à Apollon, qui lui sont reliés, auraient formé le premier noyau sur lequel la ville se serait développée. En réalité les vrais motifs de la naissance de Pompéi, sont strictement liés à des raisons militaires et commerciales. Pompéi se  positionnait face a Nocera nouvellement fondée aussi et les deux contrôlaient la vois et le commerce vers le centre des Apennins et le sud de Salerne, entre autre, Pompéi prés de l'estuaire du Sarnus, constituait un Port naturel et sûr  pour les navires militaires et commerciaux. Ainsi la ville est née pour des raisons militaires et stratégiques, comme point culminant de la garnison et du contrôle du territoire, dans les luttes qui ont vu le contraste en Campanie entre la puissance étrusque et la puissance grecque.

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LE NOM

Le nom même de Pompéi était un motif de recherche. Les anciens pensaient qu'il dérivait de " .. A Pompa Herculis;;;" avec Hercule faste", c'est-à-dire du fait que la ville fut fondée par Hercule au retour triomphal de ses exploits (comme pour Hercolanum) mais cette hypothèse ne fut jamais confirmée.
En revanche, l'opinion de ceux qui ont vu le nom lié à la racine du verbe grec "Pémpo", envoyer, est plus cohérente, aussi parce qu'elle peut faire usage du lien avec un passage de Strabon (Géographie, v 4,3 = C 246), Écrivain grec ayant vécu à l'époque augustéenne, attestant la fonction marchande de Pompéi, grâce à son port, en ce qui concerne la réception et l'expédition des marchandises pour un arrière-pays riche et bien défini: «Pompéi est le port de Nolae, Nucerae et Acerrae, à côté de la rivière Sarnus,..et pour qui doit recevoir des marchandises et pour qui doit les envoyer ».

[...Pompeiano acts ut Nolae ad portum, ac Nuceriae Acerra... ]

Il existe cependant une autre étymologie, qui met le nom en relation avec le mot oscan "pùmpe", cinq, et l'explique comme dérivé du fait que Pompéi est né de l'union de "cinq villages" différents. Si cette référence peut trouver une confirmation du fait que même à l'époque romaine le nom de Pompéii était considéré comme un "pluriel numérique", rien ne peut être dit sur les cinq villages présumés qui ont contribué à sa formation. En fin de compte, l'origine et la signification du nom restent encore un champ d'investigation ouvert. [Nous nous réservons une recherche plus approfondie sur ces Cinq Villages]

Plan de Pompei à ses origines

Au V° siècle avant J.-C, les Grecs s'étaient installés tout le long du golfe de Naples. Sous la menace des Étrusques, maîtres de tout l'hinterland de la Campanie, la jeune cité osque fut con­trainte de conclure des pactes d'alliance défensive avec les Grecs de Neapolis et de Cumae et d'entrer dans l'orbite politique du grand État cumain. On s'explique ainsi la présence d'un temple dorique archaïque sur la terrasse du Forum Triangulaire, ainsi que le système d'enceinte fortifiée qui fut à l'origine adopté par les habitants. Ce système est en effet plus apparenté au type des fortifications grecques qu'à celui des fortifications italiques. Vers la fin du Ve siècle avant J.-C, une peuplade italique, fortement aguerrie, vint se heurter aux Osques aborigènes qui n'avaient pas su résister à l'invasion des Grecs et des Étrusques.

Vue de Pompei

Ces nouveaux venus étaient les Samnites (Hyrpins et Samnites proprement dits), qui descendaient des âpres montagnes voisines. Pompei, comme du reste toutes les villes de la Campanie, tomba entre leurs mains. Ce fut le premier essai d'unification politique, tenté en Campanie par des peuples de race italique. La ville fut en grande partie reconstruite et même agrandie par les vainqueurs qui imprimèrent naturellement à son architecture, publique et privée, le caractère du génie de leur race. Pompei reçut des Samnites sa constitution, sa langue, ses coutumes, sa religion. On ne possède que peu de renseignements précis sur l'histoire de Pompei, à dater de cette époque.

Arc au Forum

En l’an 310 av. J.-C, les habitants de Pompei et de Nuceria Alfaterna durent repousser de leur territoire une incursion des équipages de la flotte romaine, descendus à terre pour se ravitail­ler et pour piller. Il semblerait qu'au cours des guerres du Samnium, Pompei ait été occupée temporairement par les Romains, avec d'autres villes de la côte. Mais, ce sont là des événements auxquels Pompei ne prit part que d'une façon passive, car elle se tint prudemment, même pendant les guerres d'Annibal, a l'écart du duel mortel engagé entre Rome et Carthage. La première fois qu'on la voit jouer un rôle actif, direct et décisif, ce fut au cours de la grande Guerre Sociale, engagée par les Italiques contre Rome, guerre de révolte, rude et violente, dans laquelle Pompei se lança avec une extrême vigueur pour tenter, une dernière fois, de conquérir sa liberté.

Autel au Forum

Au mois d'avril de l'an 89 avant J.-C, L. Sylla, après s'être emparé de Stabia, vint mettre le siège devant Pompei. À la tête des armées de la Ligue italique, L. Cluentius obligea les troupes romaines à lever momentanément le siège, mais la victoire des légions à Nola fut, pour les Italiques, un de­sastre grave et irréparable. La guerre contre Mithridate ayant obligé les Romains à lever encore une fois le siège, Pompei put jouir, pendant quelques années, d'une existence autonome. Mais au retour de Sylla, vainqueur du Roi du Pont, la Guerre Sociale se ralluma et Pompei dut ouvrir ses portes au dictateur, en l'an 80 avant J.-C. Désormais, la cité osque et Samnite devint colonie romaine.

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Après avoir installé, dans sa nouvelle conquête et dans toute la campagne avoisinante, un bon nombre de ses vétérans, L. Sylla confia à son neveu, P. Sylla la mission de donner à la colonie une organisation conforme à son nouvel état. Cette tâche était assez délicate, car il était difficile de concilier les intérêts des conqué­rants avec ceux des vaincus. Nous trouvons un écho des dissen­timents et des querelles que souleva ce premier essai d'instaurer dans la Pompei romaine un ordre de choses nouveau. Cicéron dut en effet assumer la défense de P. Sylla contre les accusations portées par L. Torquatus. Toutefois, les premières difficultés aplanies, le processus d'unification et d'assimilation fut, à Pompei comme ailleurs, assez rapide. Pompei devint une cité romaine, romaine par son organisation municipale; romaine encore car elle adopta la langue, les coutumes, le caractère et l'aspect d'une ville romaine. 

Rue de Pompei

Néanmoins, en dépit de cette unification, subsista dans la plèbe pompéienne un substratum de l'antique âme italique et du vieil esprit régional. Nous en avons une preuve dans le tragique épisode qui éclata en l'an 59 après J.-C. Au cours d'un spectacle donné dans l'amphithéâtre, un de ces incidents qui éclataient fréquemment à cause de l'engoûment d'une partie du public pour tel ou tel couple de gladiateurs, déchaîna une rixe violente entre Pompéiens et Nucériens. Le sang coula et les Nucériens, battus, furent chassés de l'amphithéâtre. Néron déféra l'affaire au Sénat. Celui-ci n'hésita pas à appliquer la plus dure sanction qui pût frapper une ville comme Pompéi, chez laquelle la passion pour les jeux et les spectacles dominait toutes les autres. L'amphithéâ­tre fut fermé pensant dix ans. 

Activités à Pompei

Quelques années plus tard, en 63 après J.-C, Pompéi et bon nombre de villes de la Campanie furent fortement endommagées par un violent tremblement de terre. Pompéi, ville alors commerçante, industrieuse et prospère, se releva rapidement de ses ruines. De nouveaux édifices surgirent. On restaura temples et monuments publics. Les maisons des particuliers, remises en ordre ou même reconstruites, virent leurs murs et leurs pavements s'orner de riches et luxueuses décorations. Ateliers et boutiques se multiplièrent dans les quartiers qui repri­rent bien vite leur pleine animation. Seize ans après cette vive alerte, au mois d'août de l'an 79 après J.-C, le Vésuve que l'on était accoutumé de considérer comme un mont paisible et serein, sous son revêtement de vignes et de forêts, se réveilla soudain. 

La Basilique

Ce fut le désastre définitif, la ruine irréparable. La cime du mont se déchira. Le volcan vomit une telle quantité de cendres, de la­pilli et de scories que le ciel en fut tout obscurci. La furie dévasta­trice des éléments déchaînés peut donner une idée des premiers cataclysmes qui bouleversèrent la terre. Pline le Jeune demeurait alors dans une villa, sur le cap Misène. Il nous a laissé, dans deux lettres qu'il adressa à Tacite, un récit, palpitant et dramatique, de cette terrible éruption. Pompéi disparut, ensevelie sous une couche de six à sept mètres de lapilli et de cendres, transportés depuis le cratère par le vent. Les habitants cherchèrent, pour la plupart, leur salut dans la fuite, mais ils trouvèrent la mort, le long du littoral et des routes qui menaient à Stabia et à Nuceria. Quant à ceux qui restèrent en ville, immobilisés par la terreur ou dans le vain espoir de trouver un refuge dans les souterrains des maisons, ils périrent tous, intoxiqués par les exhalaisons vénéneu­ses dont l'atmosphère était toute saturée. 

Le temple de jupiter

Cette éruption de l'an 79 après J.-C. peut prendre rang dans le nombre des grandes cala­mités qui ont frappé l'humanité. Mais nous lui devons de nous avoir conservé le document le plus précieux et le plus admirable que nous possédions sur la vie antique: la vision parfaite d'une ville entière, dans laquelle la vie s'est arrêtée instantanément sous le coup d'un phénomène violent qui ne l'a cependant point détruite. Les fouilles nous ont ainsi permis de pénétrer dans l'inti­mité de la vie, de celle des particuliers comme de celle de toute la collectivité. Grâce à elles, nous avons pu surprendre, dans l'art de la construction et de la décoration, dans l'ameublement des pièces, les inscriptions et les graffiti, tous les secrets de la vie antique, publique et privée.


Ch.2 : La Cité...